Polémique autour de la réouverture des mosquées et du rite sacrificiel

      Polémique autour de la   réouverture des mosquées et du rite sacrificiel
Par Nabil Semyane | 14 Juillet 2020 | 16:42

On a pas fini de mesurer les conséquences du Coronavirus qui, loin de se limiter au niveau sanitaire, touche la société même dans ses repères les plus immuables et qui deviennent aujourd’hui source de polémique.

 Il en va ainsi de la réouverture des mosquées pour les prières et du sacrifice du mouton, à l’occasion de l’Aid El Adha, deux questions ô combien sensibles qui divisent aujourd’hui la société entre ceux qui défendent le primat de la science sur la foi, faisant valoir  des arguments médicaux, pour dire «non » à la  reprise des prières et l’égorgement du mouton et ceux qui défendent mordicus le maintien du dogme, en observant un maximum de précautions.   

Signe de ce schisme sociétal : les appels qui se multiplient ces derniers jours sur les réseaux sociaux pour un rassemblement national en « faveur de la réouverture des mosquées », une initiative qui reste pour le moment virtuelle.

Lundi, c’est la très influente Association des Oulémas, présidée par Cheikh Abderazak Guessoum, qui s’est prononcée en faveur du maintien du rituel, considérant  que "le versement du montant du mouton sous forme d’aumône (Sadaka) n’a pas la même signification spirituelle que le sacrifice ».

Le président de l’Association des Oulémas renvoie la balle  aux autorités en leur demandant "d’organiser le marché du mouton avec une surveillance rigoureuse" et en veillant au respect des mesures barrières.

En début de semaine, le Conseil National Indépendant des Imams (CNII), avait  appelé à la réouverture, au moins «de façon graduelle» des mosquées, estimant que sa requête était plausible, désormais.

Il en veut d’autant qu’il a accompagné sa revendication par une somme de propositions tendant à respecter les mesures préventives de lutte contre le Covid-19 en vigueur.

Sur ce plan, le Conseil prône le maintien de la fermeture des salles d’ablution, celles réservées aux femmes, l’accomplissement de la prière dans les espaces ouverts des mosquées qui en disposent et sur tapis individuels, le retrait des livres saints et autres chapelets à usage collectifs ; le tout en observant un strict respect de la distanciation physique, autant que faire se peut.

S’agissant du sacrifice du mouton de l’Aid, le Conseil se prononce aussi en faveur du maintien de la pratique, considérant  qu’aucune donnée scientifique n’a établi de démonstration que le rituel puisse contribuer à la propagation du coronavirus.

Il se trouve que cet avis, aussi tranché en faveur à la fois de la reprise des prières et du sacrifice de l’Aid el Adha, est aux antipodes de la position officielle incarnée d’abord par le ministère des Affaires religieuses et sa Commission de la Fetwa.

Ainsi, lors d’un récent passage à la radio nationale, Youcef Bemehdi, ministre des Affaires religieuses  avait déclaré que « la réouverture des mosquées  est une décision relevant du Gouvernement et que c’est lui et lui seul qui est habilité à l’annoncer sur la base de l’avis de la Commission scientifique ».

« Les experts scientifiques qui connaissent la véritable situation sanitaire ont confirmé que  les conditions sanitaires actuelles ne permettent pas la réouverture des mosquées », expliquait-il, à l’appui de son propos.

Mohamed Belmehdi, tout en disant « comprendre l’impatience des fidèles à retourner dans les maisons de Dieu », met en garde « ceux qui perturbent le travail des autorités et des experts » et appelle à la vigilance.

La commission de la Fatwa, s’exprimant quant à elle au sujet du sacrifice du mouton, trouve qu’il « est encore trop top pour trancher », considérant que « la situation sur la plan sanitaires est erratique ».

Un député du FLN, Abdelwahab Benzaim, avait proposé, il y a déjà quelques jours de renoncer cette année au sacrifice du mouton devant les risques que l’égorgement puisse servir d’amplificateur de la pandémie, suggérant de verser le montant de bête au fond de solidarité nationale dédié à la Covid-19.

Nous sommes encore à quinze jours de l’Aid El Adha et la pandémie ne cesse de monter en puissance, avec un nouveau pic de 527 cas positifs mardi 14 juillet.

Comme pour les examens scolaires où il avait tranché après avoir  écouté à la fois les avis des pédagogues et des médecins, le président de la République est interpellé par cette polémique sur la réouverture des mosquées et la sacrifice de l’Aid, afin d’éviter une Fitna dans un contexte politique inflammable.   

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