Rachid Mimouni au centre d’une exposition à Jijel

Rachid Mimouni au centre d’une exposition à Jijel
Par Khidr Ali | 19 Septembre 2011 | 23:01

La vie et l’œuvre de l’écrivain disparu Rachid Mimouni, fait l’objet d’une exposition, depuis quelques jours à Jijel, à la faveur de la semaine culturelle de la wilaya de Boumerdès dans la capitale de la Côte du Saphir. L'exposition, organisée au musée Kotama, dans le centre de la ville, retrace le long parcours de l’auteur de "l’Ogresse", "Une peine à vivre" et "Le fleuve détourné".

Natif de la ville de Boudouaou (20 novembre 1945), dans la wilaya de Boumerdès, Rachid Mimouni a fait de son enfance difficile un mobile et de la guerre d'Algérie (1954/1962) un repère pour donner naissance à ses prestigieux chefs-d'œuvres, où il a traité de beaucoup de sujets, notamment : la bureaucratie, l'amour, la sexualité, l'intégrisme, la dictature, la révolution, etc.

Dans ses pages, Rachid Mimouni montre la réalité amère des algériens et leur quotidien médiocre. Il dépeint le tableau d'une Algérie en agonie et une jeunesse prisonnière des dogmes révolus.

« Le printemps n'en sera que plus beau » (1978), Le Fleuve détourné » (1982) Une peine à vivre » (1983), Tombéza » (1984), L'Honneur de la tribu » (1989), La ceinture de l'ogresse » (1990), Une peine à vivre » (1991), De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier » (1992), La Malediction » (1993) sont ses principaux romans qui ont eu un retentissement international.

La montée de l'intégrisme en Algérie l'a profondément perturbé et l'assassinat de l'intelligentsia algérienne l'a choquée et la mort de Tahar Djaout, son ami de longue date, l'a achevée. Il lui dédie son roman La Malédiction en ces termes : « À la mémoire de mon ami, l'écrivain Tahar Djaout, assassiné par un marchand de bonbons sur l'ordre d'un ancien tôlier ».  Ce Tahar Djaout journaliste et écrivain qui a laissé une formidable formule devenue célèbre : "Si tu dis tu meurs, si tu ne dis pas tu meurs, alors dis et meurt".

Tout comme Youcef Sebti, poète et universitaire,  sauvagement assassiné à l’intérieur de l’Institut National d’Agronomie d’Alger ainsi que l’écrivain et médecin Laadi Flici assassiné dans son cabinet. L’écrivain Merzac Bagtache a subi un grave attentat. Le libraire Joaquim Grau a été assassiné dans sa librairie ‘Les Beaux-Arts’, en plein centre d’Alger. Abdelkader Alloula, comédien et dramaturge de grande qualité, a été assassiné au coeur de la ville d’Oran. L’acteur Azzedine Medjoubi assassiné devant la porte du Théâtre National dont il était le directeur et la liste est bien longue, trop longue de martyrs tombés sous las balles des islamistes criminels.

En décembre 1993, les menaces des intégristes se précisaient, son nom était placardé dans la mosquée à quelques cent mètres de chez lui. Sur insistance de ses parents et de ses amis, ce défenseur des libertés d’expression et de conscience s’était résolu, la mort dans l’âme, à quitter son appartement de Boumerdès à 50 km d’Alger pour s’établir à Tanger au Maroc avec sa femme et ses trois enfants.

Le 12 février 1995, Rachid Mimouni nous quittait. Sa mort surprit même ses proches. Rachid Mimouni a été admis en janvier 1995 à l’hôpital Cochin, à Paris. Il fallut toute la persuasion de sa famille pour le décider à se soigner. Son état de santé n’était guère brillant à son arrivée à Paris. Pour prévenir toute menace intégriste, son hospitalisation fut tenue secrète.

Rachid Mimouni mourut loin des siens, loin de sa terre natale, loin de l’Algérie. Pour ses amis qui ignoraient jusqu’à sa maladie, le choc fut terrible. Leur tristesse céda très vite la place à la colère. « Il est mort de cette façon — en fugitif — dont meurent aujourd’hui quelques-uns des meilleurs Algériens... », écrivait un de ses amis dans la presse. Rapatrié et enterré à Boudouaou, son corps a, dit-on, été déterré et dépecé le lendemain de ses funérailles par les barbares.

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