Ces "boulets en or" qui enchaînent les jeunes prétendants au mariage à Guelma

Ces "boulets en or" qui enchaînent les jeunes prétendants au mariage à Guelma
La Rédaction | 10 Juin 2011 | 11:15

L’or est incontournable dans toutes les étapes du protocole du mariage à Guelma et sa région, où les jeunes désireux de convoler en justes noces se retrouvent pieds et mains liés avec de véritables "boulets en or".

La "Mehazma" (ceinture en louis d’or), la paire de "Mekias" (bracelet traditionnel), le "Skhab" (chaîne traditionnelle) et autres bijoux en métal jaune continuent d’être exigés même si leur acquisition demande des années de labeur, d’épargne et de privation, en plus de la contraction d’énormes dettes.

Avec le retour de l’été, saison des fêtes de mariage par excellence, les prix du métal précieux et les dernières "trouvailles" en vogue en matière de bijoux en or, occupent le plus clair des discussions de la gent féminine guelmie qui, souvent, mesure l’attrait qu’exercent les filles de céans sur leurs prétendants à l’aune du contenu espéré de son "vanity case". Tout le monde à Guelma se plaint de la cherté de la dot et des frais des protocoles liés au mariage que l’on accuse d’être derrière le célibat de plus en plus tardif des jeunes, et la cause de nombreux problèmes après le mariage. Pourtant, l’inflation ne baisse pas pour autant, bien au contraire, la surenchère en matière de bijoux en or et en billets de banque, voire en devises mis dans la cagnotte du mariage, ne fait qu’augmenter.

Une bague en or dès le premier contact

Une tradition, aujourd’hui en passe de prendre des allures "d’évidence" dans toutes les zones urbaines et rurales de la région de Guelma, veut que le prétendant offre un bijou en or, généralement une bague, à sa dulcinée, dès le premier contact avec sa famille, au titre de la demande "préliminaire" en mariage (khotba), avant même la cérémonie de la Fatiha. La même tradition exige qu’une autre bague en or, encore plus chère, est ensuite offerte pour officialiser les fiançailles et enfin un 3ème anneau et d’une valeur encore plus importante que les deux précédentes, vient sceller l’établissement administratif de l’acte de mariage.

Loin de s’arrêter aux bagues, la liste des cadeaux et des dépenses ne fait que s’allonger au fil des mois et des occasions, pour les jeunes "princes charmants" à la recherche de l’oiseau rare, à Guelma. Les plus avertis et les mieux préparés (ou plus futés) préfèrent donc accélérer la procédure et fixer dans les plus brefs délais la date des noces pour s’épargner des dépenses supplémentaires . La tradition veut en effet, ici, que le jeune prétendant doit se "rappeler" sa future épouse à l’occasion des deux aïds, du Mawlid Ennabaoui et de l’Achoura ainsi qu’à l’occasion du début de l’année et du début du printemps. Pour ces occasions, le cadeau, un repas de fête complet de tous ses ingrédients, depuis le gigot d’agneau et les fruits jusqu’au sel et l’oignon, se doit, pour être vraiment digne de la nouvelle famille par alliance, d’être accompagné d’un… bijou en en or.

Tous ces cadeaux ne peuvent remplacer la dot légale qui représente, elle, un autre "coup de massue" sur la tête du fiancé. Bien qu’elle ne soit pas définie de manière fixe, la somme à verser en guise de dot se situe en moyenne autour de 60.000 dinars auxquels il faut ajouter deux quintaux et demi de laine soit près de 40.000 dinars, et une autre somme d’environ 60.000 dinars pour les frais du repas de la fête des noces de la famille de la mariée. Pas question de lésiner sur le poids, sinon... Toutes ces dispositions auxquelles doit se soumettre le jeune prétendant au mariage ne sont rien à côté des autres présents en or que la famille de la future mariée est en droit d’exiger et qui doivent être à la hauteur du statut de leur fille. Pas question, ici, de lésiner sur le poids ou le modèle qui doit être, de préférence, du "dernier cri".

Un mariage à 100 millions de centimes

Bien que traditionnels et connus des grands-mères, les ceintures en louis d’or, Mekias et autres Skhab, exigés pour la cérémonie du henné, changent de look et de poids au fil des ans et se doivent d’être à la mode du moment. En langage des chiffres un jeune homme qui s’est mis "la corde au cou" la semaine dernière, soutient mordicus que son mariage lui a coûté pas moins de 950.000 dinars, soit près de 100 millions de centimes et encore il se considère chanceux car il a épousé une "femme instruite qui attache plus d’importance au respect de sa personnalité qu’aux aspects matériels". Ce jeune homme tient à souligner que pour arriver à minimiser (si l’on peut dire) les coûts de la sorte, il a du se rebeller quelque peu contre les us et les coutumes en cours et faire une fête assez légère dans le logis familial, ce qui lui a permis d’économiser les frais de location d’une salle des fêtes et d’autres dépenses qu’il considère superflues.

Le métal jaune a toujours une place de prédilection dans le cœur des guelmies, y compris les jeunes filles instruites et de la nouvelle génération, ce qui a poussé les nombreux artisans bijoutiers, qui foisonnent dans les quartiers populaires, à rivaliser d’imagination dans la conception de nouveaux modèles à qui ils donnent des appellations tout aussi fantaisistes. Le bracelet "pont" détrône le bracelet "numérique" Pour Abdelmalek, artisan bijoutier, c’est cet amour sans bornes de la gent féminine pour le métal jaune qui cause cette inflation galopante. Le lascar ne s’en plaint évidemment pas et affirme que cette année la mode du bracelet au large diamètre dit "Bakkat" est revenue à la mode ainsi que le "bracelet pont" et la ceinture en or "dollar" qui ont détrôné, après des années de "règne" du bracelet dit "numérique" et avant lui du bracelet "toile d’araignée" et "grain d’orge".

250 à 300gr de bijoux

Même si le prix de l’or a connu ces dernières années une flambée incroyable, atteignant une valeur de plus de 3.500 dinars le gramme, les familles ne se découragent pas et le poids du bijou exigé pour les filles à marier ne fait qu’augmenter à son tour. Car la valeur du bijou vaut moins par sa beauté et sa finesse qu’à son poids. Dans un passé récent, un bijou de 50 grammes faisait bien l’affaire des filles à marier, mais aujourd’hui la moyenne est de 150 à 200 grammes d’or. Sachant que le poids de la ceinture dépasse à lui seul les 70 grammes, le calcul est simple. Mohamed El-Bachir, un citoyen de Guelma qui a marié sa fille le mois de mai dernier, rapporte que sa famille n’a pas demandé de dot mais cela n’a pas empêché son gendre de lui offrir un bijou d’une valeur de 400.000 dinars, un cadeau juste moyen par rapport aux valeurs en cours à la bourse du mariage dans la région, sachant, dit-il, que pour les familles aisées la moyenne du poids des bijoux exigés du prétendant à une alliance matrimoniale, oscille entre 250 et 300 grammes.

Tout le monde juge cette inflation excessive du ''cours'' du mariage comme "illicite, contraire à nos traditions et aux valeurs de notre religion", les imams ne ratent pas une occasion pour le rappeler. Cela n’empêche cependant pas le mariage de demeurer, à Guelma, pour la majeure partie des jeunes, une entreprise hasardeuse dont le montage financier est une énigme dont seules les femmes (au foyer de préférence) gardent jalousement la clé. En clair, les jeunes à Guelma estiment qu’il leur est aujourd’hui bien plus aisé de monter une entreprise économique de production et de maîtriser son coût, que de monter une entreprise de mariage et de dompter son cours.

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