56 ans après son indépendance, l’Algérie, comme presque la quasi-totalité des pays du tiers-monde anciennement colonisés, n’est pas devenue malheureusement une nation dotée d’une économie solide et bénéficiant d’une véritable démocratie. À son tour, lorsque viendra le temps des vrais bilans, et en dépit de ses acquis et réalisations indéniables, le long règne du Président Abdelaziz Bouteflika sera bien obligé d'endosser son lot de responsabilités dans le non-avénement de cette Algérie nouvelle et prospère dont les Algériens rêvent tant.
Cependant, et si on prend en considération la nature de notre système politique et les multiples pesanteurs et compromis parfois boiteux qui parasitent la bonne gouvernance en Algérie, notre président actuel avait-il les moyens de réaliser les quasi-miracles que chacun attendait de lui ? Dans notre pays, et pour des raisons historiques liées aux conditions d’émergence même de l’Etat algérien, divers groupes et forces- et en particulier la Grande muette- sont parties prenantes dans le choix du plus haut magistrat du pays. Dès son accession au pouvoir en 1999, Abdelaziz Bouteflika avait averti qu’il ne voulait pas «être un trois-quarts de Président». Et d’ailleurs, selon la majorité des analystes, son pouvoir et son autonomie de décision se sont accrus au fil des années.
Depuis son AVC de 2013, tous les Algériens ont constaté avec beaucoup de peine et d’empathie que leur président semblait exténué, qu’il avait considérablement réduit ses activités publiques, se déplaçait sur un fauteuil roulant, s'exprimait difficilement. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais cherché à leur cacher sa maladie et ses répercussions sur la maîtrise de son équilibre corporel. Longtemps, le Président Bouteflika a été très populaire au niveau de larges couches de la société algérienne et peut-être qu’il le reste encore. En l’absence de sondages et d’élections crédibles, personne ne peut prouver ni que c’est faux ni que c’est vrai ! La vox populi l’épargne néanmoins dans ses critiques et accable son environnement lorsqu’elle constate des lacunes ou des dérèglements dans l’exercice du pouvoir.
En ce début d’année 2019, alors que l’éventualité d’un 5e mandat reste d’actualité, une interrogation interpelle l’observateur non-engagé de manière partisane: au cas où il décidait de se représenter (après avoir pesé lui-même le pour et le contre, nous en sommes persuadés!) quelle sera l’argument décisif que mettra en avant le Président Bouteflika- pourtant diminué physiquement- pour plaider la cause de la continuité au plus haut sommet de l’Etat et emporter l’adhésion des segments importants impliqués dans la conquête du pouvoir, y compris d’abord le peuple algérien ?
Nous ne pouvons croire qu’une analyse lucide et sans démagogie de «la problématique algérienne» ne soit pas élaborée au niveau de «l’Algérie qui décide après avoir mûrement réfléchi» et que ce ne soit pas «argument contre argument» qu’une solution concernant ce possible 5e mandat soit discutée puis retenue éventuellement. On aura beau essayer de nous convaincre du contraire: l’attrait du pouvoir et l’intérêt personnel ne peuvent être des critères à partir desquels sont arrêtés les choix qui engagent l’avenir de l'Algérie. Bien sûr, des erreurs d’appréciation sont toujours possibles mais pas parce que l’intérêt général, l’intérêt suprême de la nation, auront été sacrifiés ou laissés au second plan.