Mesdames, Messieurs les bureaucrates Algériens, vous interprétez souvent, en les dénaturant une loi, un décret en fonction de votre pouvoir. Permettez moi, concernant l’obligation de chèques dans les transactions, qui est en soi une bonne mesure, la sphère informelle contrôlant plus de 40/50% de la masse monétaire en circulation. Que nos bureaucrates tirent la leçon récente de la devise sur le marché parallèle et de l’extension dans les autres coins de l’Algérie des petits porteurs de valise pour les importations de différents produits - textile, chaussures ou appareils électroménagers. Dans les pays développés l'on n’a pas besoin de décret, étant une pratique normale du fait du niveau culturel et de la transparence dans la gouvernance. Je vous rappelle que la dernière mesure a été d’exiger un chèque pour un montant supérieur à 500.000 dinars, mesure qui a été gelée en 2011 au même titre que la mesure précédente lorsqu'il avait été instauré l'exigence d'un chèque pour 50.000 dinars officialisée au Journal Officiel par le Décret exécutif n° 05-442 du 14 novembre 2005.
Mesdames, Messieurs les bureaucrates, permettez moi d’attirer votre attention sur treize points concernant cette nouvelle mesure, fruit d'enquêtes sur le terrain et de thèses de doctorat que j'ai eu l’honneur soit de présider ou de diriger.
1.-Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, si vous avez un capital-argent important, le déposeriez vous dans les banques publiques à un taux d’intérêt ne dépassant pas 2% et questionnez également vos proches ? Etes-vous conscients que dans la pratique des affaires n’existent pas de sentiments, l’objectif de tout citoyen étant de faire fructifier au mieux son capital. Afin de lutter contre le processus inflationniste, ne seriez vous pas tenter d’ acheter des biens immobiliers, de l’or , des devises ou certains biens durables que vous pourriez revendre avec un marge parfois en une année dépassant les 30/50 ? Allez au niveau des marchés informels à l’Est- au Centre- au Sud et à l’Ouest et demandez aux grossistes ( les grosses fortunes)- ne vous braquer pas sur les petits détaillants, qui ayant peur d’un redressement fiscal ne font pas confiance au système bancaire..2. Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, sortez de vos bureaux climatisés, allez sur le terrain sans escortes, ne vous se trompez pas de cibles pour paraphraser le langage militaire car il est évident pour les transactions intra /secteurs d’Etat ou secteurs d’Etat secteur privé, le paiement transitent forcément par le circuit financier. La majorité de concessionnaires bien avant ce décret pour l’achat de véhicules exigeaient de leurs clients d’aller faire un virement à leurs banques existant donc la traçabilité.
3. Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens pourquoi nos banques sont en surliquidités n’arrivant pas à les transformer en captal productif, en précisant que pour le cas de la banque extérieures d’Algérie BEA, son excédent étant artificiel, gérant le compte de Sonatrach.
4.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, avant de faire des déclarations, d’autosatisfaction, où en est la réforme bancaire par des réseaux reliés aux différents organismes nationaux et internationaux ? Combien d’agences sur le territoire national et précisément là ou domine la sphère informelle ? Renseignez vous, combien de temps il faut attendre pour avoir un chéquier et peut t- on retirer son argent, comme dans les pays ayant un véritable système financier performant au temps réel ? Mes différentes expériences personnelles, j’ai attendu une année en 2014 et en 2015 six mois.
5.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, le nombre de banques publiques qui contrôlent plus de 85% du crédit global à l’économie, les banques privées malgré leurs nombres étant marginales, combien ont un département de suivi et de conseil des projets pour accompagner efficacement es investisseurs et combien de banques, à l’image de ce qui se passe dans les pays développés et émergents, ont mis en place de nouveaux produits financiers intéressants leurs clients ?
6.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, pourquoi dans l’octroi de crédits devant dépasser la mentalité de l’ère soviétique fondée uniquement sur une vision matérielle des années 1970, largement dépassée , vous privilégiez les importations et vous minimisez les crédits aux activités de services internes , qui se fondant sur l’économie de la connaissance (production immatérielle) contribuent de plus en plus à la création de la valeur ajoutée au niveau mondial ?
7.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, visitez vers 4/5 h du matin, le marché des fruits et légumes où de gros intermédiaires achètent sur pied aux fellahs en cash et livrant aux détaillants, les transactions de l’amont à l’aval se chiffrant à des centaines de milliards en cash. Pouvez-vous, sans d’autres mécanismes de régulation, imposer le chèque sans le risque de bloquer tout l’approvisionnement au niveau national avec d’inévitables hausses de prix.
8.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, visitez entre 4h et 5h du matin le marché du poisson de l’Est à l’Ouest en passant par le centre où les transactions se chiffrent en centaines de milliards de centimes et finalement selon la loi de l’offre et la demande, vous constaterez , sensiblement le même prix à Annaba, Alger ou Oran.
9.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, visitez le marché de la viande rouge et blanche et rouge, surtout lors de la fête de l’Aïd ou également tout se traite en cash et pouvez vous imposer aux éleveurs le paiement par chèques quitte à paralyser le marché..
10.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, faites un inventaire du parc immobilier pour voir combien de citoyens ont des titres de propriété ( peut être 50% sont sans titres ) , les domaines étant gérés selon les méthodes du début du XXème siècle , non informatisé, où les transactions se font sur la base du droit coutumier, le contrat étant un acte de confiance entre le vendeur et l’offreur. Si seulement chaque citoyen payait au trésor 10.000 dinars par an de redevances au trésor, nous ne parlons pas des villas de hauts standings, cela se chiffrerait à dizaines de milliards de dinars. Pourquoi n’avez-vous pas moderniser ce secteur stratégique ?
11.- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, visitez les services de fiscalité à travers tout le pays et vous constaterez un désordre flagrant, non imputables aux cadres souvent compétents, mais au manque de volonté politique de modernisation de ce secteur stratégique, occasionnant des pertes au trésor de chiffrant également en dizaines de milliards de dinars.
12- Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, pour une analyse objective et opérationnelle, on ne peut isoler l'analyse de la sphère informelle, en Algérie de la logique rentière avec laquelle vous tissez des liens dialectiques, donc du mode de régulation mis en place c'est-à-dire des institutions. L’extension de la sphère informelle est proportionnelle au poids que vous représentez, avec une tendance à fonctionner non pour l'économie et le citoyen mais pour vous même en tant que pouvoir bureaucratique, cette situation étant favorisée par l'instabilité juridique et le manque de visibilité de la politique socio-économique. Les recettes tant monétaristes que keynésiennes peuvent voir des effets pervers comme le montre la dévaluation du dinar de plus de 400% entre 1970/2015 corrélé actuellement à plus de 70% aux recettes de Sonatrach ( 0,60 dinar un FF français 1974- le cours officiel en ce mois de juin 2015 approche les 100 dinars un dollar et 110 dinars un euro contre 160 dinars sur le marché parallèle ) qui aurait du dynamiser les exportations hors hydrocarbures qui stagne à moins de 3% depuis quatre décennies.
13.-Et pour conclure, Mesdames, Messieurs les bureaucrates et théoriciens, il s’agira à l’avenir d’éviter tant l’autosatisfaction source de névrose collective que la sinistrose sans dans laquelle veulent nous enfermer certains sans proposer de solutions réalistes. Sortez de vos bureaux climatisés, de vos livres et allez vers la société et notamment l’Algérie profonde qui sans chauvinisme, a d’importantes potentialités pour surmonter la crise multidimensionnelle à laquelle elle est actuellement confrontée, sous réserve d’une meilleure gouvernance. Il s‘agira d’être réaliste et pragmatique en proposant de solutions qui collent tant avec la réalité locale qu’internationale. Lorsqu'un gouvernement agit administrativement et loin des mécanismes transparents et de la concertation sociale, la société enfante ses propres règles pour fonctionner qui ont valeur de droit puisque reposant sur un contrat entre les citoyens, s'éloignant ainsi des règles que le pouvoir veut imposer. Tous ces exemples montrent clairement que l’Algérie souffre de vision stratégique comme facteur d’adaptations aux nouvelles mutations tant locales que mondiales et d’une absence de communication transparente. La rationalisation de la dépense publique ne saurait signifier sacrifice des plus démunis. Si l’avait bien gérer et fait l’économie de 10% de la dépense publique entre 2000/2014, l’Algérie aurait économisé 80 milliards de dollars soit 50% des réserves de change actuelles. La stratégie 2015/2020 doit s’inscrire dans le cadre d’une symbiose entre l’efficacité économique et une profonde justice sociale, un sacrifice partagé afin de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des nouvelles mutations géostratégiques mondiales.
Le professeur des Universités, Expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL