Par Mohamed Ould El Bachir
Parler des éminentes personnalités politiques, ayant joué un rôle dans l’histoire de la diplomatie algérienne, notamment dans la « diplomatie de guerre » du FLN au Japon, sans citer Abdelmalek Benhabylès, cet homme discret et digne, est un non-sens, connaissant la ligne de conduite qu’il s’était fixée depuis son plus jeune âge, jusqu’à mériter le surnom de « Socrate » et son adhésion aux idéaux de Novembre.
Socrate, il l’était grandement. Dans une de ses citations sur l'histoire algérienne, il disait que « depuis la conquête de l’Algérie, l’idée de conscience nationale a existé déjà et que la lutte du peuple algérien n’a jamais cessé», lors d'une conférence sur le militantisme politique et révolutionnaire en Algérie, du PPA au FLN, organisé par l'Association Machaâl Chahid. Sa vision fut reprise par un membre de la Fondation du 8 mai 1945, il dira que « Le conflit mondial s’achevait avec la victoire des Alliés. La participation conséquente des Algériens à ce conflit à leur côté, mais à titre d’anationaux et de non-citoyens dans le cadre d’une souveraineté française disloquée, devait mener la logique de la tutelle coloniale jusqu’au bout de l’absurde ; le colonisé appelait à la libération de son propre colonisateur ».
Mettant toutes ses potentialités au service des différents postes supérieurs qu'il avait occupés et autres missions dont il s'était acquittées haut la main, ses compagnons et ses disciples au ministère des affaires étrangères gardent de lui l’image d’un homme de conviction.
Rappelant les qualités qui lui ont valu l'estime et la considération de tous ceux qui ont eu à l'approcher et de ses compagnons qui appréciaient tant son discours pondéré et ses remarques succinctes, mais ô combien pertinentes, le président Bouteflika a indiqué que « Benhabylès était attentionné, prévenant à l'égard de ses compagnons et des gens et fidèle à sa patrie ».
L'occasion ici d'évoquer sa trajectoire d'homme et de diplomate, en donnant prioritairement la place à son rôle dans le mouvement national (depuis 1937), et en s’efforçant de restituer, ne serait-ce qu’en partie, sa dimension et sa consistance, décrite fidèlement par le Président Abdelaziz Bouteflika.
Pendant longtemps, au ministère des affaires étrangères, Abdelmalek Benhabylés s’est vu reconnaître le droit dans le sens commun de parler en tant que diplomate sage, n’accablant jamais les hommes, disant sa vérité avec tact. Raison pour laquelle, on écoutait attentivement son message savant.
Pour le président Abdelaziz Bouteflika, qui a mis en exergue sa conscience historique et ses qualités humaines, c’était « un militant d'une immense culture et un homme aux idées pertinentes et judicieuses acquises grâce à son sérieux et à ses efforts, ainsi qu'une longue expérience puisée de son militantisme au sein du Mouvement national et de la Guerre de libération».
Né le 27 avril 1921 à Arbaoun , dans la wilaya de Sétif , et issu de la confédération des Beni Foughala, Abdelmalek Benhabylès était diplômé en droit, d’où sa première expérience d’avocat.
Dès 1937, alors qu’il n’était même pas majeur, le voilà parmi les membres fondateurs du Parti populaire algérien (PPA), puis membre du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD),
A partir de cet instant, il se lance dans le militantisme du PPA , pour devenir un des rédacteurs du journal « L'Étoile algérienne » entre 1948 et 1949 ; ce journal ne tardera pas à disparaître. Il a été également vice-président de l’Association des étudiants du Nord d'Afrique et un peu plus tard un des cadres de l'Union des Étudiants musulmans algériens (UGÉMA).
Parce que Benhabylés était un intellectuel, ouvert sur le monde, il finira par occuper en 1960 le poste de responsable des affaires extérieures au sein du gouvernement provisoire de la République algérienne.
Après l'indépendance, il devient en 1963, secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères jusqu'en 1964, lorsqu'il est nommé comme ambassadeur d'Algérie au Japon puis en Tunisie. En 1971, Abdelmalek Benhabylès est rappelé en Algérie, il est nommé en 1974 secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, puis ministre de la Justice en 1977. En 1979, il est nommé secrétaire général de la Présidence de la République, puis désigné ambassadeur en Suisse et auprès du Saint-Siège.
En 1989, il est désigné président du Conseil constitutionnel.
Abdelmalek Benhabylès a également été président d'honneur de l'association d'amitié ‘Algérie Japon, qui avait, à sa tête, l'ancien ambassadeur du Japon en Algérie, M. Akira Urabe .
L'association, qui s'est fixée pour objectifs, la promotion des liens d'amitié et de coopération» entre les deux pays et «la connaissance de l'Algérie au Japon», entend «consacrer les liens historiques» qui unissent les deux pays en s'inscrivant dans le prolongement de l'ancienne association d'amitié «Japon - Afrique du Nord», fondée par Tokuma Ustunumiya.
En s’intéressant depuis un bon moment à l’histoire des relations algéro-nipponnes, j’étais interpelé en constatant que le lointain Japon a été l’un des tout premiers pays à reconnaître l’Algérie indépendante. Une reconnaissance notifiée par une lettre datant du 4 juillet 1962, soit exactement à la veille du jour de l’accession de notre pays à l’indépendance, adressée par le ministre nippon des Affaires étrangères, Zentaro Kozaka, au président de l’Exécutif Provisoire.
Les connaisseurs relèvent entre autres que cette prompte reconnaissance porte en elle une des touches du maitre Benhabylés, qui semble intervenir comme l’expression formelle d’un rapprochement entre les deux pays, réalisé en amont entre 1957 et 1961, période de la présence du FLN au Japon.
Pour rappel, Le FLN y délèguera dès 1957 Abdelkader Chanderly, puis, en 1958, Abderrahmane Kiouane et Abdelmalek Benhabyles. Selon le japonais Susumi Taniguchi,
Benhabylés mènera alors un vaste travail d’information et de sensibilisation auprès des médias, de dirigeants politiques et de responsables du ministère des Affaires étrangères, notamment lors de sa participation à la 4e conférence de Tokyo contre les bombes A et H.
Côtoyant Tokuma Utsunumiya, un personnage nippon emblématique, décrit simplement comme un « homme de bonne volonté », Benhabyles lui rendra un bel hommage posthume dans un long article paru dans le quotidien la « Nouvelle République », en septembre 2001, sous le titre : « La mort d’un des derniers compagnons de voyage ».
Eu égard à ses qualités humaines, fidèlement décrites par le président Bouteflika, la partie japonaise n’a pas manqué de marquer l’importance qu’elle attache à ses inspirations, voire ses espérances, en décernant en 2012 à Abdelmalek Benhabyles, le « Grand cordon de l’ordre du Soleil Levant », la plus haute distinction attribuée à un dignitaire étranger par l’Empereur du Japon.
Mohamed Ould El Bachir (Universitaire)