La diplomatie entre responsables européens ne se résume pas aux «cher ami» lancés lors des conférences de presse. Le site Businessweek.com s’est amusé à réaliser une infographie, repérée par le blog Big browser, à partir des piques et gentils surnoms que se sont envoyés sept dirigeants.
"Le nain", "Mr Bean", "la Boche"... En matière de diplomatie européenne, les amabilités fusent. Pour faire le tour de la question, Businessweek publie une savoureuse infographie représentant sept responsables européens (Angela Merkel, Georges Papandreou, Nicolas Sarkozy, José Luis Rodriguez Zapatero, Jean-Claude Juncker, David Cameron et Silvio Berlusconi) et les vacheries qu'ils se sont envoyées au visage (ou plus fréquemment dans le dos). Valeur ajoutée non négligeable : des éléments de contexte permettent de comprendre les circonstances dans lesquelles ces piques ont été prononcées.
On se souvient de cette petite phrase de Sarkozy à propos de Zapatero rapportée par Libération : "Il n’est peut-être pas très intelligent". Devant un journaliste du Daily Telegraph, qui rapporte l'anecdote, le premier ministre britannique David Cameron avait quant à lui traité en 2009 le président français de "hidden dwarf" (littéralement "nain caché", mais qu'on traduira librement par "nain de jardin"). Plus magnanime, Angela Merkel surnomme notre président "Mr Bean", qui, en retour, l'appelle plus platement "La Boche".
Mais c'est sur la carrière d'un autre acteur réputé pour son énergie que Mme Merkel s'est penchée pour décrypter le comportement de son homologue hexagonal : Louis de Funès. En 2008, un article du journal allemand Der Spielgel rapportait que son mari lui a acheté récemment un lecteur de DVD : "Maintenant, elle peut voir les films de Louis de Funès. Le comportement des Français intéresse beaucoup Merkel depuis l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy."
Dans un entretien au JDD, un journaliste du quotidien allemand allait plus loin dans la comparaison entre les deux grands hommes : "Nous avons dit dans Der Spiegel que le mari d'Angela Merkel aurait offert à sa femme pour Noël des vidéos de Louis de Funès pour la préparer à sa prochaine rencontre avec le chef d'Etat français".
Mais à en croire Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde, c'est Nicolas Sarkozy qui demeure le champion toutes catégories des blagues vachardes. "Lorsque nous nous téléphonons entre dirigeants européens et que nous en venons à parler de Nicolas Sarkozy, nous nous disons : 'Tu me dis les méchancetés qu'il a dites sur moi, ou c'est moi qui commence ?', raconte un membre du Conseil européen", rapporte-t-il sur son blog.
Illustration de cette "so french" courtoisie incarnée par notre cher leader : pendant ses déjeuners avec des responsables européens, Nicolas Sarkozy n'aurait de cesse de répéter à propos d'Angela Merkel : "Elle dit qu'elle est au régime... et se ressert de fromage".
Businessweek a tout de même déniché un rare "moment de tendresse" dans ce monde de brutes : le jour où Mme Merkel a offert un ours en peluche à M. Sarkozy pour la naissance de sa petite fille, Giulia. Un instant de grâce aussitôt gâché par un "geste d'incivilité" du président français, incapable de résister à la sonnerie de son téléphone et déballant son présent d'une main tout en discutant avec un tiers, souligne Businessweek.
En réalité, Nicolas Sarkozy était en train de joindre sa femme, Carla bruni-Sarkozy, pour lui faire part de l'attention de la chancelière allemande, à qui il a ensuite passé le combiné. Il s'agissait donc d'un vrai "moment de tendresse", et non d'une énième goujaterie...
Ce que Sarkozy et Obama disent de Nétanyahou
C'est le site d'Arrêt sur image, animé par Daniel Schneidermann qui a rapporté l'échange qui aurait dû rester confidentiel à l'occasion du sommet du G20, à Cannes:
"Je ne peux plus le voir, c'est un menteur", a lancé Nicolas Sarkozy.
"Tu en as marre de lui, mais moi, je dois traiter avec lui tous les jours !", a répliqué Barack Obama.
C'est un secret de Polichinelle que le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, car c'est bien de lui qu'il s'agit, exaspère le président français Nicolas Sarkozy et son homologue américain Barack Obama. M. Nétanyahou, qui avait pourtant entretenu de bonnes relations avec M. Sarkozy lorsque l'un et l'autre étaient ministres des finances et promis (à nouveau pour le premier) à un bel avenir, a fait capoter avec constance les initiatives françaises pour tenter de raviver un processus de paix post-moribond (c'est à dire dans un autre jargon bel et bien décédé).
Quant aux relations entre M. Nétanyahou et M. Obama, elles ont atteint des sommets délétères lors du bras de fer perdu par l'administration américaine sur la question de l'arrêt de la colonisation. Et si M. Obama prend pour cible aujourd'hui le camp palestinien (sans excès cependant faute d'alternative), c'est plus pour tenter de sauver une délicate réélection que par pur attachement aux valeurs du sionisme.
Dans ce contexte plombé, les phrases échangées par les deux hommes sur un plateau télévisé dans la confiance trompeuse d'un huis-clos trahi par un "mouchard" technologique n'ont rien de surprenant tout en demeurant formidablement crues.
Le Monde.fr