Après un mutisme, dont on ne sait s’il a été volontaire ou forcé, le Premier Ministre verse dans l’excès inverse en se livrant à son habituel verbiage indigeste dont les Algériens se passeraient volontiers. En l’occurrence la pertinence de l’adage s’est, une fois de plus vérifiée, puisque le silence a été d’or !
Les meilleures choses ayant, hélas, une fin, en une semaine, le Premier Ministre a multiplié les déclarations à l’emporte-pièce, ne semblant craindre ni le ridicule ni de se contredire. C’est, qu’en fait, il est convaincu que l’impunité est la règle et que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.
Ainsi donc, après avoir surfé sur le thème de sa destinée d’exception, il enfonce le clou et prévient que le Président A. Bouteflika ne saurait demeurer Chef de l’Etat à vie. Ceci expliquant cela.
Pourtant lorsque fut décidé la révision de la constitution l’avons-nous entendu objecter à cela ? Ce fut tout le contraire et, en courtisant zélé et opportuniste qu’il est, il multipliera les marques d’allégeance, allant jusqu’à tenir des promesses de gascon.
Qu’est-ce qui a bien pu changer aujourd’hui pour qu’il décide de virer sa cuti et d’adopter la posture du dauphin impatient ? A-t-il considéré que la donne était propice et que le destin méritait bien un petit coup de pouce ? Est-il en service commandé, lui l’ancien commis de l’état sans envergure, qui ne laissa point de souvenir impérissable auprès de ses anciens collègues des Affaires Etrangères, si ce n’est celui d’un opportuniste qui, faute d’avoir de solides prédispositions intellectuelles pour réussir, aura vite décrypté les codes nécessaires à une ascension fulgurante et les aura mis en application résolument sans jamais être titillé par sa conscience puisqu’après tout, la fin justifie les moyens.
Lors de la 4e session du conseil national du RND, le week-end end passé et au cours de la conférence de presse qu’il donnera ensuite, A. Ouyahia abordera un certain nombre de problématiques actuelles avec sa sempiternelle et factice faconde. Il expliquera très doctement que l’Etat n’est pas faible mais réagissait comme une mère impuissante devant ses enfants ! Comprenne qui pourra !
Ensuite, il tentera d’expliquer que la gestion des événements passés par les pouvoirs publics s’est faite sans verser de sang et il qu’il n’y a pas eu de cadavres. Pourtant, ces événements ne sont pas si lointains pour que l’on se rappelle qu’il y eu mort d’hommes et que cadavres il y eut. Dont ceux des immolés qui ont préféré en finir plutôt que de subir encore davantage les affres d’un quotidien devenu tout simplement insupportable. Ils auront souffert d’une absence de compassion durant leur vie tourmentée et post-mortem aussi.
Ignorant délibérément le marasme actuel, Il ne consentira à reconnaitre que l’échec de quelques ministres, sans toutefois en tirer les conséquences comme l’aurait fait tout Chef de Gouvernement digne de ce nom.
Opposé aux réformes il n’y a pas si longtemps, le patron du RND a été d’un tout autre avis et a plaidé pour une thèse contraire. Sans doute pour bien indiquer qu’il fallait désormais compter avec lui, il soutiendra qu’aucun parti politique n’avait été consulté sur les réformes politiques que compte mettre en œuvre le Chef de l’Etat. Il poussera la témérité, mais en est-ce vraiment, jusqu’à déclarer que le RND s’opposerait au projet de régime parlementaire même si cela émanait du Président A. Bouteflika himself.
Homme décidément de son temps, A. Ouyahia a, ensuite, plaidé pour la poursuite de la mise sous tutelle du champ médiatique, au prétexte fallacieux que l’Etat devait conserver sa mainmise sur l’audiovisuel afin de peser sur la ligne éditoriale et « de ne pas dépasser les lignes rouges et certains programmes contraires à nos mœurs et à notre culture.». Il aurait été instructif qu’il définisse, à cette occasion, ces mœurs et cette culture, de même que les lignes rouges. Comment avec cette approche passéiste ambitionner de devenir un Etat de droit ?
Il enchainera moult pitreries, telle la grotesque comparaison avec le mouvement soixante-huitard, ou celle relative au récidivisme de l’Algérie si elle s’engageait dans la même voie que la Tunisie ou l’Egypte ou encore le fait que la diplomatie avait été à la mesure de ses moyens…
Du charabia et rien d’autre mais cela nous en avons déjà pris la mesure et l’habitude. Décidément, A. Ouyahia le hâbleur ne sera jamais un tribun. Qu’il nous fasse donc grâce de ses sorties en un contexte grave où l’heure n’est plus aux calculs politiciens étriqués et aux coups-bas, à fortiori lorsqu’ils visent le Premier Magistrat du pays.
Car ce qu’il importe de retenir c’est que le Premier Ministre a rompu avec son mutisme, non pas pour battre sa coulpe mais pour s’en prendre au Président de la République accusé ouvertement de l’empêcher de prendre les mesures qui s’imposent. Il se dédouane et accable, prenant l’opinion publique à témoin des limites de son action. Ce n’est pas nouveau car ce « oulid eddwala », ainsi qu’il aime à se présenter, est connu pour sa fourberie et ses retournements de veste. Ce qui lui a, d’ailleurs, permis de sévir depuis 1995.
Cela fait plus de quinze ans que l’Algérie le subit. C’est bien assez et le mot de la fin sera le désormais célèbre « Dégage ! ».
Hakim Abdessamed