Dans une contribution inédite du 5 août 2011 pour les lecteurs d'Algérie Plus, le Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert International en management stratégique, revient sur la stratégie à mettre en oeuvre en matière de carburants afin de juguler les importations massives de cette énergie et les différents moyens d'y remédier.
L’Algérie importatrice des carburants issus du pétrole horizon 2020/2025 ?
Urgence de revoir la politique des carburants de l’entreprise Sonatrach
En 2006, j’avais présenté personnellement un audit réalisé sous ma direction assisté du bureau d’étude international américain Ernest Young, des cadres de Sonatrach , experts en énergie et professeurs d’Universités algériens de différentes universités à la demande du Ministère Energie/Sonatrach en tant qu’expert international sur la stratégie à mettre en œuvre en matière de carburants et ce devant la commission économique de l’Assemblée populaire Nationale (APN ) en présence de son président, des députés des différentes formations politiques. J’avais mis en garde le gouvernement sur les risques d’une importation massive du gasoil horizon 2010 et d’une importation massive des carburants issus du pétrole horizon 2020/2025(1).
1. Rappel de l’audit de 2006 sur le marché des carburants en Algérie dans un environnement concurrentiel
Ce dossier avait été transmis et étudié en conseil du gouvernement de l’époque et par les plus hautes autorités du pays. Hélas, nos recommandations n’ont pas été prises en compte et nos pronostics se sont avérées juste puisque via les traders 330.000 tonnes de gasoil seront importées en juillet et août 2011, l’Algérie important presque tout (75% des besoins des entreprises et des ménages) et exportant une seule ressource (98%) à l’état brut ou semi brut les hydrocarbures.
Cette étude datant de cinq années partait du constat que l’Algérie importait entre 200 millions de dollars de gasoil entre 2005/2006( ce montant a été de 300 millions de dollars en 2009 et plus de 500 millions de dollars en 2010 ), que le parc national y compris les bus et les camions tendait à la « diesilisation » avec un accroissement de 27 à 30% du nombre de véhicules diesel importés durant la période s’étalant de 2000 à 2006, d’une augmentation de la consommation de gasoil de l’ordre de 9% par an et après avoir analysé la répartition par secteur d’activité, dont les transports avec 49%, suivi des secteurs tertiaires et résidentiels avec 23%,, de la consommation de l’agriculture et des travaux publics de 17 et 11% et à partir de comparaisons internationales faisant ressortir durant cette période que le gasoil était à travers le monde à raison de 35 DA le litre, alors qu’en Algérie son prix était fixé à 13,70 DA, un prix qui vient loin derrière ceux pratiqués pour les autres carburants. Quels sont les axes directeurs des proposions faites au gouvernement en 2006 pour atténuer les importations du gasoil. Je m’en tiendrai aux axes directeurs sans entrer dans les détails technico-économiques (1)
- l’urgence d’une extension temporaire des capacités des raffineries existantes par un meilleur management stratégique les mesures suivantes évitant de construire de nouvelles unités de raffineries dont les inputs seraient issus du pétrole :
- une réorientation de la politique en relation avec notamment le Ministère des Finances, le Ministère des transports et d’autres secteurs consommateurs notamment l’agriculture, les boulangers à travers des taxations ciblés, évitant la généralisation des subventions, la création d’une chambre de compensation au niveau de la chefferie du gouvernement, à travers des taxations ciblés ;
- les subventions devait être budgétarisées au niveau du gouvernement après l’aval de l’APN et du Sénat afin de permettre une comptabilité claire, le calcul économique réel et éviter la non transparence des comptes d’exploitation des sociétés ;
- un nouveau modèle de consommation énergétique plus optimal et plus et plus économe dont une attention particulière devait être accordée aux énergies renouvelables ;
-Les ingénieurs et économistes experts en énergie de mon équipe à partir de tests concluants et de comparaisons internationales avaient proposé l’utilisation du Bupro qui ne nécessite pas de séparation du gaz naturel et donc pas de nouvelles unités d’unités de liquéfaction, à travers une utilisation du GNC qui devait constituer un carburant principal dans notre paysage énergétique national à côté du GPLC, les administrations et les entreprises publiques devant donner l’exemple.
-Nous avons montré que ces techniques sont maitrisées au niveau mondial tant aux USA, Europe, en Asie notamment en Corée du Sud, au Japon et en Chine et pouvaient être maîtrisés par les Algériens de Sonatrach et Sonelgaz ayant un vivier de cadres et techniciens très compétents et qu’il fallait leur faire seulement confiance en évitant leur marginalisation, la ressource humaine étant la clef du développement.
Avec la révolution du gaz non conventionnel, le cout élevé du pétrole et la déconnection du prix de cession du gaz de celui du pétrole grâce au forage horizontal, le cout étant relativement moins cher, avec la généralisation technologique, parallèlement aux de voitures hybrides et au solaire, il ya fort à parier une extension de l’utilisation ce produit dans différents secteurs
- L’utilisation de ces produits écologiques, devait s’accompagner d’ une réorientation tant des prix que de l’investissement dans les réseaux de distribution tant de Naftal que des réseaux privés ;
- des projets ciblés avaient été proposés permettant la dynamisation de milliers de PMI/PME à l’aval.
2.- La situation actuelle du parc voitures
Il ya urgence d’une nouvelle politique des transports et des carburants plus cohérente. Le parc automobile algérien ne cesse d’augmenter chaque année. En 2009, le parc roulant a été recensé à près de 4,2 million de véhicules, soit 4 171 827 de voitures qui circulent sur nos routes, selon les statistiques de l’Office national des statistiques (ONS). Rien qu’en 2009 qui a connu l’importation de près de 270 000 véhicules neufs, l’ONS a annoncé que près de 1 million de véhicules (987 193) ont été immatriculés ou ré-immatriculés (changement de carte de grise) sur tout le territoire national.
Le parc automobile national est représenté à 22,36% des véhicules de moins de cinq ans d’âge ; un parc dominé par les véhicules de plus de 20 ans d’âge qui représente 57,42% dont 33,04% VP. Un parc dominé par les marques françaises (Renault-Peugeot-Citroën) avec 51,53%, soit 2,149 millions de véhicules talonnées par des japonaises (10,59%) avec 441 647 véhicules, et des voitures allemandes (9,17%) avec 382 584 véhicules. La part des véhicules italiens est de 5,06%, soit 211 219 alors celle des sud-coréennes est seulement de 3,44%, soit 143 416 véhicules.
Par ailleurs, faute de statistiques, les véhicules chinois ne figurent pas dans le bilan de l’ONS. Toujours selon l’ONS, 66,01% du parc automobile algérien recensé roulent avec l’essence contre 33,99% au gasoil qui connait une croissance forte; dont 81,57% de véhicule de tourisme utilisent l’essence et 18,43% le gasoil. Concernant les camions et les poids-lourds, la tendance est différente : 94,47% roulent en mazoute. La taxe sur les véhicules neufs et la suppression du crédit automobile, introduites par la loi de finance complémentaire de 2008, ne sont pas arrivées à freiner la croissance du marché algérien avec une hausse en 2010 de 2,68% par rapport à 2009 après une chute de 24% en 2008, montrant des mesures gouvernementales prises dans la précipitation sans maturation.
Comme en témoigne la valeur des importations qui dépasseront selon le FMI les 55 milliards de dollars ente 2011/2012 y compris les services., le passage du Crédoc au Remdoc, alors que la traçabilité existait déjà au niveau du Remdoc, tout en ayant pénalisé le tissu des PMI/PME ayant favorisé des monopoleurs qui après avoir éliminé les petits importateurs importent massivement du fait de leur importante couverture financière existant comme je l’ai rappelé souvent des liens dialectiques entre la logique rentière monopoliste et la sphère informelle également monopoliste expliquant l’inflation que le gouvernement comprime artificiellement et transitoirement par des subventions source de gaspillage des ressources financières et des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social pouvant conduire au suicide collectif.
Selon les statistiques douanières pour 2010 285 337 véhicules ont été introduites en Algérie contre 277 881 en 2009. Selon les statistiques douanières, la facture des importations des véhicules a enregistré une légère baisse (5,14 %), passant de 285,34 milliards de dinars à 270,66 milliards, probablement en raison de la commercialisation des véhicules bas de gamme qui ont boosté le volume des ventes. La grande partie des opérations d’importation, 265 859 unités pour 242, 83 milliards de dinars, a été réalisée par les principaux 39 concessionnaires représentant les constructeurs européens et asiatiques contre 255 385 unités pour 253,78 milliards de dinars en 2009. Par ailleurs, le nombre des véhicules importés par les particuliers s’est chiffré à 19 478 unités pour 27, 83 milliards contre 22 496 véhicules pour 31,55 milliards en 2009.
3.- Une politique de carburant réaliste
C’est que l’Algérie est un pays gazier et non pétrolier devant éviter l’épuisement de cette rente éphémère. La politique des prix doit être revue d’éviter le gaspillage intérieur et les fuites hors des frontières comme le démontre la forte consommation de gaz qui selon les prévisions du CREG au départ devait représenter 70% des exportations algériennes entre 2015/2020 avant d’être révisé à la baisse par l’abandon de bon nombre de projets restructurants à 50%, ce qui laisse supposer que l’on a privilégié l’exportation du gaz brut au détriment de sa transformation au niveau du marché intérieur.
Mais comme le note le FMI dans son rapport de juillet 2011cela est une solution transitoire avec un rythme effrénée de la dépense publique (500 milliards de dollars entre 2004/2013), 70% allant aux infrastructures et très accessoirement au savoir et à l’entreprise, pourtant pilier du développement avec des impacts mitigés sur le développement réel et durable.
En effet, à moins d’un miracle de découvertes rentables financièrement, pour 4500 milliards de mètres cubes gazeux de réserves (2,5% des réserves mondiales de gaz conventionnel contre 30% Russie, 15% Iran et 10% Qatar) et au vu de la révolution du gaz non conventionnel notamment aux USA à travers le forage horizontal qui permet de diminuer les couts, le prix ce cession sur le marché libre fluctuant actuellement à 4/5 dollars le MBTU alors que pour l’Algérie, du fait des cous élevés et la déperdition des cadres, Medgaz et Galsi nécessitent une cession minimum de 9/10 dollars et 14 dollars pour les GNL et tenant compte également des nouvelles mutations énergétiques mondiales, nous aurons une durée de vie ne dépassant pas 25 ans( contre 16 ans pour le pétrole), la durée de vie des réserves se calculant selon le couple dialectique cout intérieur/prix international (2).
Affirmer récemment par certains soi disant experts induisant en erreur tant les décideurs que l’opinons publique , mais pas les spécialises en la matière, des potentialités importantes de gaz conventionnel (aucune découverte substantielle depuis 5/7 ans selon les organisations internationales, faits confirmés par le FMI en juillet 2011 ) ou réserves de gaz non conventionnel identiques à ceux des USA, selon nos informations constitue un leurre, un mythe.
D’ailleurs cette exploitation, comme d’ailleurs toute production de valeur ajoutée , est lié à un bon management stratégique et à la ressource humaine, richesse à mes yeux bien plus importante que toutes les ressources en hydrocarbures, comme en témoigne le poste services (assistance étrangère) qui est passé de 4 milliards de dollars en 2004 à plus de 11 milliards de dollars en 2010, Sonatrach (à l’instar d’autres secteurs) ayant perdu entre 2004/2010 plusieurs centaines de ses meilleurs cadres et techniciens ( plus de 1000 selon certaines sources ).
Du fait du blocage systémique, cela montre une faiblesse évidente de la politique énergétique nationale, intimement liée au manque de visibilité et de cohérence de la réforme globale. Cela renvoie à l’urgence d’une bonne gouvernance au profit exclusif de l’Algérie, pour réaliser une véritable transition politique pacifique et économique, trainant en longueur depuis 1986, ni économie de marché concurrentielle avec un rôle stratégique à l’Etat régulateur, ni économie administrée expliquant, du fait de rapport de forces contradictoires, les difficultés de conduire une réforme globale maitrisée tenant compte tant des mutations sociales internes( l’élément culture étant déterminant) que mondiales.
Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert International en management stratégique Directeur d’Etudes Sonatrach/Ministère Energie 1974/1979-1990/1995-2000/2006
[email protected] MOBILE (00213)6.61.55.29.28
(1) Audit sous la direction du professeur Abderrahmane MEBTOUL Expert International « simulation pour une nouvelle politique des carburants issus du pétrole et du gaz en Algérie » 8 volumes 920 pages qui devrait être mis à la disposition du public et notamment des universitaires/chercheurs et journalistes car n’étant pas un secret défense document interne Sonatrach/MEM,(2006).
(2) Ouvrage collectif sous la direction de Abderrahmane MEBTOUL regroupant opérateurs de Sonatrach/Sonelgaz avec large diffusion internationale et nationale entre 2007/2009, experts, et professeur d’Université deux tomes ( Edition Dar El Gharb 2006 780 pages) « L’Algérie face aux mutations énergétiques mondiales » où quatre contributions ont proposé des mesures concrètes concernant le modèle de consommation des carburants tenant compte des contraintes externes et internes.