Lounès Matoub, Danielle Mitterrand : Deux résistants, un même combat !

Lounès Matoub, Danielle Mitterrand : Deux résistants, un même combat !
Contribution | 26 Novembre 2011 | 18:02

Comme Aimé Césaire, chacun de nous habite des ancêtres et notre passé gouverne notre présent. J’imagine ce que Lounès, ayant reçu quelques années auparavant des mains de Danielle le prix de la mémoire, aurait dit à propos de son amie qui le quitte soudain. J’arrive presque à entendre tous les détails de sa réaction :

« Il y a quelques années seulement vous et moi étions sur une même scène parisienne à la Sorbonne pour partager le prix de la mémoire 1994. Comme vous, je voue une foi indescriptible à l’antique esprit de résistance, de liberté.

Le berbère que je suis est votre frère à jamais, frère du Juif qui a vécu la Shoah, de l'Arménien qui a vécu un génocide, de Taslima Nasreen et de toutes les femmes qui se battent car véritables premières dames de ce monde. Nous avons en commun la mémoire de nos sacrifices, je vous promets aujourd'hui de tisser les liens de la solidarité avec tous ces résistants."

Après toutes ces résistantes et ces résistants s’opposant à leurs corps défendant aux fascismes, au nazisme, à l’intégrisme religieux, aux conservatismes, aux dictateurs, après Danielle Mitterrand et Lounès Matoub, le concept ne peut plus, ne doit plus, être galvaudé. Aux côtés de Matoub Lounès, elle aussi combattait l’ostracisme faisant voler en éclats les clichés sur le conformisme des femmes de son rang.

La seule révolution suscitant l’adhésion de tous est celle faite par les poètes et les femmes. Comment être noir, kabyle ou femme ou tout cela à la fois et résister quel qu’en soit le prix, les conséquences ? Danielle Mitterrand et Matoub Lounès nous ont légué un début de réponse. Une résistance et des principes affichés sans complexe tout en refusant le cantonnement à un ghetto de pensée, à une étiquette sociétale.

Mais cela n’est bien sûr que le fruit de mon imagination. Aucun de ces deux illustres personnages n’est encore là. Comme tout être humain, à présent je vais m’ingénier à résister à cette mort en ressortant toutes sortes d’euphémismes : décédée, partie,….Pourquoi ne pas dire aussi « volée » ? Je trouve si injuste que le rythme de la vie nous ait volé des sommités telles Danielle Mitterrand ou Lounès Matoub.

Comme « volée » signifie « présent mais hors de notre vue », j’aime assez cet autre euphémisme plutôt que leur perte définitive. Pour conclure, Matoub Lounès aurait, en guise d’hommage, dédié son poème kabyle « La complainte - Tighri N Tadjalt » à Danielle Mitterrand:

« Mon cœur s'éboule, ta disparition lui cause tant de tort, Il s'emballe car son amie l’a laissé ! Même si le« Mon cœur s'éboule, ta disparition lui cause tant de tort, Il s'emballe car son amie l’a laissé ! Même si le temps me foule aux pieds, Sache que je ne citerai plus personne que toi à raison ou à tort ! »

Areski SADI, Président de la fédération C.A.B.I.L et de l’ACB Paris

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