« J’ai été très bien traité par mes ravisseurs durant toute ma captivité et j’ai eu même droit à la presse quotidiennement » telle est la révélation faite aujourd’hui lundi quelques heures seulement après sa remise en liberté à AlgeriePlus par le désormais ex-otage de Beni Aissi.
Le docteur en cardiologie Nacereddine Djellal se portait bien et avait un bon moral et il était à l’accueil à notre arrivée dans la résidence familiale sise au village Ighil Bouzrou à une dizaine de kilomètres au sud de la ville de Tizi Ouzou.
Souriant avec une petite barbe de quelques jours, le docteur Djellal a bien accepté de répondre à toutes nos questions sauf celle concernant le motif de son enlèvement qu’il dit en réserver la primeur aux services de sécurité qui devraient l’auditionner dans les prochains jours.
Interrogé sur l’identité de ses ravisseurs le cardiologue est formel "il s’agit d’islamistes armés très convaincus de leur idéologie" tout en précisant que certes l’émir El Khechkhach, qu’il ne connaît pas de visage, a été derrière son rapt mais celui qui le surveillait pendant sa captivité était un autre groupe, refusant de nous révéler aussi si le lieu où il a été retenu était une construction en dur ou dans les maquis.
L’otage a même eu droit à un traitement de faveur puisqu'il a été autorisé à lire certains journaux que les terroristes lui procuraient ou encore lui accorder de temps à autre de fumer des cigarettes. Toujours selon notre interlocuteur, durant la première dizaine de jours, ses ravisseurs n’arrêtaient pas de lui demander de faire la prière avant d'y renoncer.
L'ex otage a même eu des discussions autour des questions politiques nationales et internationales à l’exemple de la montée des islamistes dans les pays du Maghreb et en Egypte. On aurait crû que ses interlocuteurs seraient en jubilation devant les victoires électorales de Nahda en Tunisie, du PJD au Maroc et des frères musulmans en Egypte, et bien non, les kidnappeurs déniaient à ces mouvements la qualité d'islamistes.
Le cardiologue a démenti au passage avoir soigné un bras droit de l’émir national de l’ex-GSPC Droukdel mais a tenu a souligner qu’il a été enlevé pour « une mission bien précise et particulière ». Pour lui, seul l’isolement par rapport à sa famille a pesé lourdement dans sa captivité car il n’a pas été autorisé à joindre sa famille par téléphone hormis le premier appel le jour de son rapt. Le cardiologue était certain dès le premier jour de son kidnapping qu’il allait être libéré même s’il a eu toujours peur pour sa vie.
Abordant les circonstances de sa libération, le docteur Djellal dit avoir été embarqué dans un véhicule hier dans la nuit, le visage masqué par une cagoule, sans possibilité de voir, puis conduit près de son domicile soit à un peu moins de 500 mètres à hauteur d’un pont (photo) entre Tala Bounane et Ighil Bouzrou. « Une fois arrivé à cet endroit ils m’ont informé que je suis libre ». Cela s’est produit entre minuit et une heure du matin de ce lundi dira le cardiologue qui a regagné son domicile à pied.
Interrogé sur le temps mis entre le lieu de sa détention et le lieu de sa libération, notre interlocuteur s’est refusé à rentrer dans les détails, affirmant que « mes ravisseurs auraient pu m’embarquer dans le véhicule et roder dans le même coin pour me faire croire qu’ils ont fait un long trajet car j’étais cagoulé ».
Notre interlocuteur n’a pas manqué de rappeler à la fin de notre visite qu’il n’aurait pas payé de rançon et que le motif de son rapt était autre que l’argent. Le seul souhait du docteur Nacer Djellal est de replonger dans l’anonymat dans lequel il était avant ce jour du 15 novembre dernier quand il a été enlevé et a confié qu’il n’allait pas changer d’habitudes et qu’il restera dans son village malgré cette épreuve difficile qu'il vient de vivre. Il fit aussi des reproches à certains journaux qui ont, dit-il, publié des informations erronées qui auraient pu le mettre en danger. Le docteur Djellal a même refusé de recevoir leurs correspondants.
Notons enfin que le domicile des Djellal n’a pas cessé d’accueillir des proches , des habitants et des collègues du cardiologue venus saluer ce retour sain et sauf de l’otage.