Projection d'un film documentaire "Sidi Boumediène Choaib El Ghouth" à Tlemcen

Projection d'un film documentaire "Sidi Boumediène Choaib El Ghouth" à Tlemcen
Par Lila Ghali | 09 Juin 2011 | 16:30

Le film documentaire "Sidi Boumediène El Ghouth" retraçant l’itinéraire et le parcours du saint patron de le ville de Tlemcen a été projeté à la maison de la culture "Abdelkader Alloula" devant un public très nombreux que la salle n’a pu contenir. Réalisé par Yahia Mouzahem et écrit par Tayeb Touhami, ce docu-fiction de 52 minutes est revenu sur les traces de cette figure illustre né à Cantiallana dans la région de Séville (Andalousie) en 1126 et décédé en 1198 dans la région de Tlemcen et plus exactement dans la localité de Ain Tekbalet distante d’une vingtaine de kilomètres du chef lieu de la wilaya.

Ce documentaire, présenté dans la soirée de mercredi, a mis en exergue le parcours de cette grande figure du soufisme. Ce saint homme était Kotb de son temps (pôle) et Ghout (secours). Le film retrace sa participation au djihad contre les croisés à EL Qods (Jérusalem) en Palestine aux côtés de Salah Eddine EL Aouybi (Saladin) ainsi que sa dimension religieuse. Le docu-fiction sur Sidi Boumèdiène  relate ses études auprès de l’ascète Abi Yaza à Fès et chez cheikh Abdelkader El Djilani de Baghdad mais rencontré à La Mecque, ses différents périples à la Mecque et à Béjaià, l'invitation par le sultan Youcef Abi Yacoub Al Mansour et sa mort à Ain Takbalet dans la région de Tlemcen. Le documentaire dont des séquences ont été interprétées par des acteurs algériens dont Abdelkader Bouaja, Mohamed el Amine Ben Allal et Zenagui Djawad a également montré la dimension artistique et culturelle de ce saint à travers ses poèmes et ses écrits.

Ce film qui va être projeté pour la seconde fois ce jeudi au niveau du palais de la culture est l’un des meilleurs documentaires réalisés jusqu’à présent dans le cadre de la manifestation "Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011" de l’avis des téléspectateurs et des connaisseurs du septième art. Plus d’une dizaine de films documentaires sur divers sites et monuments historiques et figures illustres de la ville de Tlemcen et de sa région ont été réalisés dans le cadre de ce grand événement culturel international. Le programme cinéma de cette manifestation prévoit la réalisation plus d’une quarantaine de film documentaires et de docu-fiction, rappelle-t-on.

Sidi Abou Madian

La ville de Tlemcen, capitale de la culture islamique 2011, recèle d'illustres savants et oulémas, le plus emblématique étant Sidi Abou Madian Chouaib El Ichbili, pôle du soufisme en son temps. Le nom de Sidi Abou Madian est intimement lié à la ville de Tlemcen dont il devint son saint patron. Venant de Béjaia en compagnie de ses disciples pour se rendre à Marrakech (Maroc) sur invitation du Sultan Yacoub El Mansour, il s'installa au village de Takbalet situé à environ 30 km de Tlemcen. Arrivant dans ce village, il mourut le 13 novembre 1197 correspondant à l'an 594 de l'hégire à la suite d'une maladie. Ses disciples l'ont enterré à El Eubbad, lieu de méditation et de piété situé sur les hauteurs de la ville de Tlemcen.

Commémorant sa mort le dernier vendredi du mois de novembre de chaque année, des citoyens de Tlemcen accompagnés d’hommes de culture et de chercheurs organisent une randonnée à travers les endroits où passait Sidi Abou Madian lors de sa première visite à Tlemcen, selon un enseignant qui a expliqué que cette randonnée rallie plusieurs lieux tels que Sidi Abdellah Benali et Lalla Setti arrivant au lieu de son décès à Takbalet. Sur place, les présents récitent le saint Coran et des louanges à Dieu (ibtihalate) et assistent à des causeries sur les œuvres et le parcours de Sidi Abou Madian. La "ziara" s'achève par la prière du vendredi et un regroupement autour d'un plat de couscous.

Selon les sources historiques, ce saint homme est né à Santillana dans la région de Séville (Espagne) au XIIe siècle et reçu son enseignement à Fès (Maroc) de la part de Ibn Hirzim et autres érudits de son époque, et le soufisme d’Abou Yaaza. Après s'être illustré dans le milieu scientifique et théologique, le jeune Abou Madian, animé d'une soif du savoir, se rendit au Machreq pour s'abreuver d'autres sources du savoir et de la connaissance et à la Mecque où il rencontra son maître Abdelkader El Djilani. Il apprit de lui davantage et retourna au Maghreb arabe pour s’installer à Bejaia. Il laissa derrière lui de nombreux écrits et poèmes sur le soufisme et de madih. Il devint alors la véritable source du soufisme maghrébin qui se distingue de celui des autres pays arabes jetant ses fondements à la première apparition du soufisme musulman marqué par l'ascétisme.

Chez Sidi Abou Madian et ses adeptes, le soufisme signifie la tariqa dans la croyance et un mode de réflexion et de connaissance, ce qui a favorisé l'émergence de différentes confréries à l’instar de Tidjania et Chadilia. Cette voie a été empruntée par de nombreux savants et érudits de ses contemporains et successeurs, tels que Ibn Arabi El Andaloussi et Abou Al Hassane Chadili. Pour ce qui est du jihad pour la libération d'El Qods des mains des croisés, l'histoire consacre des pages lumineuses sur les positions et gloires de Abou Madian qui a participé à des batailles acharnées, après avoir créé des troupes de soldats pour El Qods (Palestine), troisième lieu saint de l'Islam.

Selon les sources historiques, Abou Madian avait combattu farouchement aux côtés du héros Salah Eddine El Ayoubi faisant preuve de résistance infaillible jusqu'à perdre un de ses bras qu'il enterra aux lieux saints de l'Islam. En guise de reconnaissance au jihad de Abou Madian, Salah Eddine El Ayoubi a ordonné de lui établir un wakf pour lui, sa famille et ses disciples, consistant en une propriété qui commence de "Bab el Maghariba" jusqu'à "Bab el Silsila", qui sont des portes principales du mur ouest de la mosquée d'El Aqsa, connu du nom de mur "El Bouraq". Une copie de l'acte de propriété du wakf de Abi Madian El Maghribi est conservée actuellement à la bibliothèque de la faculté Saint Anthony's de l'université d'Oxford et à l'Ecole des études orientales à l’université de Londres, ainsi que dans les registres du tribunal d'El Qods. En vertu de ce document, la ville d'El Qods devint, après sa libération, une destination privilégiée des élèves récitants du saint Coran et du Hadith ennabaoui, notamment ceux venus du Maghreb et de la famille de Sidi Abou Madian, qui prirent l'habitude de s'installer dans la partie ouest du haram Echarif jusqu'en 1948.

Mots-clés :
Catégories : Actualité Société

Voir tous les articles de la catégorie 'Société'