Mokrane Ait Larbi exprime son soutien à la grève des magistrats

 Mokrane Ait Larbi exprime son soutien à la grève des magistrats
Par Nabil Semyane | 29 Octobre 2019 | 18:33

Mokrane Ait Larbi a rendu mardi une longue déclaration dans laquelle il exprime son « soutien » aux magistrats tout en rappelant des « vérités » sur l’état de la justice en Algérie du fait de sa soumission  à l’influence du pouvoir politique.

 « Pour la première fois  dans l’histoire de la Justice en Algérie, les magistrats ont décidé d’une grève générale et ouverte, suivie à 98% », écrit l’avocat pour qui cette « adhésion massive est une preuve irréfragable des difficultés quotidiennes  et des pressions qu’exercent le pouvoir politique , à travers le ministère de la Justice »

« Je vous soutiens, comme il est de mes habitudes, dans vos revendications sociales et professionnelles, notamment celle en rapport avec  l’indépendance de la justice et je pense que le peuple au nom duquel vous rendez la justice, en dehors de sa volonté, vous soutien dans vos revendications si votre objectif premier et dernier est le rétablissement  de l’équité entre les citoyens sans aucune discrimination et le refus des injonctions illégales quelles qu’en soit la source »   

Mais tout en exprimant son soutien, l’avocat, par souci de franchise, rappelle au magistrats que leurs problèmes  professionnels et leur sujétion, vient moins du pouvoir exécutif, que de la faiblesse du pouvoir judiciaire.  

« La justice de Allah Ghaleb , la justice  du téléphone, la justice de la nuit sont de votre fait, en raison d’ambitions personnelles, mais pas de tous », souligne  encore Ait Larbi qui rappelle encore aux magistrats que « jusqu’à une récente date votre syndicat défend plus le ministère de la Justice , plus qu’il ne défend   les magistrats en raison des intérêts étroits et immédiats »

Embrayant sur la situation politique actuelle et son poids sur la justice, aujourd’hui en première ligne pour lutter contre la corruption, Mokrane Ait Larbi se pose la question de savoir comment et pourquoi « un détenu d’opinion », comme Karim Tabou est libéré la veille par un juge pour être remis en détention provisoire le lendemain par un autre juge du même tribunal de Koléa.

Il  se pose aussi la question par rapport au sort réservé par la justice à une des figures de la révolution, Lakhdar Bouregaâ, en détention provisoire, malgré son âge pour ses déclarations. La même interrogation aussi par rapport aux dizaines  de jeunes qui sont derrière les barreaux juste par ce que ils sont brandi l’emblème identitaire Amazigh.

« Vus êtes le pouvoir judiciaire, il n’y a point de pouvoir au dessus de vous que celui de la loi et vous devez exercer votre pouvoir, selon le principe  de l’indépendance et de la responsabilité », recommande l’avocat qui rappelle néanmoins que de par son expérience, et « contrairement à ce qui se dit »,  la plupart des magistrats  sont honnêtes et intègres et malgré les conditions difficiles, ils fournissent des efforts considérables pour accomplir au mieux leur mission »

A contrario , note  le militant des Droits de l’Homme, « je sais que d’autres magistrats préfèrent exécuter les injonctions  au détriment de la loi pour des raisons qui échappent à mon entendement » .Et  de conclure sa lettre de soutien aux magistrats en leur rappelant que « l’indépendance de la justice ne vient pas par décret , mais exige  une culture , de l’indépendance , de la résistance et du sacrifice » 

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