Covid-19 en Algérie : entre textes, paroles et réalités

 Covid-19 en Algérie : entre textes, paroles et réalités
Contribution | 01 Avril 2021 | 16:11

Par Zerrouk Ahmed*

L’Institut Pasteur d’Algérie a annoncé le 11 mars 2021 que sept (7) nouveaux cas du variant britannique et treize (13) cas  du variant nigérian ont été enregistrés dans notre pays.

Les wilayas concernés par le variant britannique sont Alger (5 cas) et Blida (2 cas). Quant au variant nigérian, les personnes infectées ont été testées dans les wilayas de Tébessa (6 cas), Alger (3 cas), In Salah (2 cas), Souk-Ahras (1 cas) et Ouargla (1 cas). 

La létalité du variant britannique est connue, et selon une étude britannique récente, il serait de 64%  plus mortel que le virus originel. Il est, également, plus contagieux.

Il est à relever que dans un autre communiqué daté du 23 mars 2021, l’Institut Pasteur d’Algérie a annoncé avoir détecté de nouveaux cas du variant britannique (6 cas) et nigérian (15 cas). 

Les six (6) cas du variant britannique ont été détectés à Alger (2 cas), Blida (2 cas), Tizi-Ouzou (1 cas) et Ain-Defla (1 cas). S’agissant du variant nigérian, il a été détecté chez des personnes qui résident dans les wilayas d’Alger (8 cas),  Illizi (4 cas), Ouargla (2 cas) et Béjaia (1 cas).

Ainsi et selon les chiffres donnés par l’Institut Pasteur d’Algérie, notre pays a détecté au 23 mars 2021 treize (13) cas du variant britannique et vingt huit (28) cas du variant nigérian, bien que nos frontières terrestres, maritimes et aériennes soient toujours fermées.

Par ailleurs, seul l’Institut Pasteur d’Algérie peut détecter le variant du Covid-19 en effectuant le séquençage pour confirmer sa présence. Deux (2) autres centres hospitalo-universitaires disposent de l’équipement  de séquençage du génome viral présent dans le prélèvement pour attester qu’il s’agit ou non du variant britannique ou nigérian. Mais, actuellement cet équipement est non fonctionnel.

Donc, en Algérie, le plus grand pays de l’Afrique qui dispose d’un « système de santé performant », seul  l’Institut Pasteur d’Algérie est équipé pour effectuer le séquençage, et à condition qu’il n y ait pas de rupture dans l’approvisionnement en réactifs adéquats.

A cette situation alarmante de manque de moyens techniques, s’ajoute le constat du non respect des gestes barrières pour ne pas contracter le Coronavirus et aussi pour éviter sa propagation, notamment :

-se  laver fréquemment les mains au savon ou avec une solution hydroalcoolique,

-éviter les contacts rapprochés,

-porter un masque de protection,

-se  couvrir la bouche avec le pli du coude ou un mouchoir jetable, lors d’une toux ou d’un éternuement (le mouchoir doit être jeté dans une poubelle),

-ne pas se toucher les yeux, le nez ou la bouche.

Aussi, il est loisible à tout un chacun de constater que la grande majorité des citoyens ne portent plus le masque de protection et les gestes barrières sont superbement ignorés, notamment le respect de la distanciation physique et l’évitement des contacts rapprochés (les gens se serrent la main, se font la bise, dans les cafés et aux alentours, des jeunes et des moins jeunes  dégustent le café dans le même gobelet et les restaurants sont bondés, notamment en soirée).

Bien plus grave est le constat suivant,  à titre illustratif et non exhaustif, qui démontre une violation flagrante et ostentatoire du dispositif de prévention et de lutte contre la propagation du Coronavirus (Covid-19), édicté par les dispositions des décrets exécutifs 21-70 et 21-105 datés respectivement du 14 février et 16 mars 2021.

Il s’agit des cafés, restaurants et fast-food. La levée de la mesure de limitation des activités de ces commerces était conditionnée par ce qui suit :

-la limitation du nombre de personnes dans l’établissement à 50% des capacités d’accueil,

-l’organisation des accès et le respect de l’espacement et la distanciation physique,

-l’obligation du port du masque de protection,

-l’affichage des mesures barrières de prévention et de protection, 

-l’installation de paillasses de désinfection aux entrées,

-la mise à disposition des usagers et des clients de produits désinfectants, notamment les gels hydro-alcooliques,

-le nettoyage et la désinfection quotidienne des locaux et des lieux.

Cependant, force est de constater que le dispositif préventif relatif à la limitation du nombre des personnes, l’organisation des accès et le respect de l’espacement et la distanciation physique, l’obligation du port du masque de protection et l’installation de paillasses de désinfection n’est nullement suivi et l’Etat se croise les mains, ne dit mot et ne prend aucune mesure.

En outre, le respect des autres mesures de prévention et de protection prises dans le cadre du dispositif de prévention et de lutte contre la propagation du Coronavirus (Covid-19), est aussi violé, d’une manière aussi flagrante et toujours ostentatoire.

A titre d’exemple, l’obligation du port du masque de protection et la distanciation physique ne sont aucunement appliquées par les citoyens, dans l’indifférence générale des différentes autorités administratives, sécuritaires et sanitaires concernées.

De quelle autorité de l’Etat peut-on parler, si de tels comportements forts visibles qui violent la réglementation et qui font courir un risque patent de remontée des cas contaminés, ne sont pas constatés par l’administration qui est tenue de les faire cesser et au besoin de prendre les mesures coercitives prévues par la réglementation en cette matière.

L’autorité de l’Etat n’est pas une fiction, l’autorité de l’Etat ne relève pas du domaine de la philosophie, l’autorité  de l’Etat doit être visible, effective et pérenne. L’action de l’Etat doit être cohérente, rationnelle et pragmatique. Elle doit être effective.

L’autorité de l’Etat dans notre pays s’est érodée au contact des gouvernants qui n’assurent pas ou si peu le suivi des décisions prises. Dans notre pays, on a tendance ou plutôt, c’est l’implacable réalité, les gouvernants à quelque niveau que ce soit croient ou feignent de croire qu’en signant ou en adoptant un quelconque texte, l’exécution est immédiate et ne souffre d’aucune inertie ou laisser-aller.

L’exemple actuel du non suivi des mesures édictées dans le cadre du dispositif de prévention et de lutte contre la propagation du Coronavirus (Covid-19) est saisissant et interpelle, à plus d’un titre, les pouvoirs publics.

L’Etat est défini comme étant une institution qui, sur un territoire donné, dispose du monopole de la violence physique légitime. Ce qui a comme corollaire une reconnaissance de cette autorité de l’Etat par les citoyens et autres résidents, qui acceptent de lui obéir.

A l’intérieur de son territoire, l’Etat est caractérisé par l’exercice de fonctions régaliennes, notamment  l’édiction de normes par le recours à la législation et à la réglementation qui, en cas de transgression ou violation, sont sanctionnées par la justice, l’autorité administrative et la police.

Ce pourquoi, il est grandement temps que l’Etat fasse respecter réellement les mesures édictées par des décrets exécutifs pour prévenir et lutter contre la propagation du Coronavirus (Covid-19).

Par ailleurs, cette situation alarmante de ne pas se conformer aux mesures prévues par le dispositif de prévention et de lutte contre la pandémie du Coronavirus (Covid-19), qui peut provoquer une remontée des cas confirmés d’infection par le Coronavirus, y compris les variants britannique et nigérian est, également, alimentée par ce qui suit :

-1- L’opacité sur le variant britannique et le variant nigérian.

 Ni l’Institut Pasteur d’Algérie, ni le ministère en charge de la santé n’ont fait preuve de transparence dans l’information sur les variants britannique et nigérian. Sur les treize (13) cas et vingt huit (28) cas infectés respectivement par le variant britannique et nigérian, combien de personnes sont hospitalisées, en réanimation (soins intensifs), décédées ou guéries. Motus et bouche cousue.

De même, aucune information n’a été donnée sur les personnes-contacts qui doivent être identifiées pour vérifier qu’elles ne présentent pas de symptômes évocateurs de la Covid-19 et d’être testées, en conséquence, sur la présence du variant britannique ou nigérian, selon le cas.

-2- Les chiffres donnés quotidiennement par le ministère en charge de la santé.

Une question se pose : ces chiffres prennent-ils en compte les cas confirmés d’infection par le  Coronavirus, de guérison et de décès  au sein des établissements de santé de l’armée et de la sûreté nationale. Ces chiffres prennent-ils en compte les cas confirmés de Coronavirus, de guérison et de décès au sein des établissements pénitentiaires.

-3-  Une assurance erronée.

Les chiffres avancés par le ministère en charge  de la santé donnent une assurance erronée aux citoyens qui croient, à tort, que l’Algérie est parvenue à vaincre le Coronavirus ou que l’épidémie est loin derrière nous. Ce qui explique en partie, certes, le relâchement quasi-total constaté dans les rues des villes et villages de notre pays.

Le fait de se conformer à l’obligation de porter un masque de protection est devenu une exception, et le regard de l’autre sur cette conformité à une obligation sanitaire et réglementaire exprime de l’étonnement, de l’incompréhension et de la compassion.

-4- Une immunité collective ?

Des professeurs en épidémiologie et en immunologie affirment, sans sourciller, que notre pays a atteint une immunité collective du fait que les citoyens ont été infectés par le Coronavirus, sans développer de symptômes de ce virus (personnes asymptomatiques).

Un pareil langage venant, de surcroit, de sommités en épidémiologie et immunologie est dangereux et va asseoir chez le citoyen l’idée fausse que l’épidémie est  vaincue.

De pareilles affirmations peuvent produire et produisent un effet de légitimation du citoyen à ne pas se conformer au dispositif de prévention et de lutte contre la propagation du Coronavirus (Covid-19).

De plus, une question mérite d’être posée : pourquoi cette situation d’immunité collective par une contamination générale n’est pas survenue dans d’autres pays où la contamination a touché des millions de personnes.

Est-ce l’Algérie est unique dans son climat, dans son environnement, dans la circulation du virus et dans la contamination «  douce » des uns et des autres pour qu’elle ait développé une immunité collective.

-5- le test de dépistage.

Les chiffres bas avancés par le ministère en charge de la santé peuvent s’expliquer par le fait que notre pays n’a pas organisé d’opérations de dépistage à grande échelle du virus SARS-CoV-2 au sein de  la population.

En effet, le dépistage à large échelle par le recours au test PCR ou antigénique pour connaitre la prévalence de ce virus au sein de la population a été ignoré. Il est vrai que cette opération ne pouvait être menée, étant donné que la disponibilité du réactif pour la PCR était problématique. Les ruptures en disponibilité du réactif étaient récurrentes, même dans les établissements hospitaliers. Alors, que dire si les pouvoirs publics se seraient engagés dans des opérations de dépistage à grande échelle.

C’est par la faute de moyens. Mais, là, il ne faut pas oublier que Monsieur le Président de la République avait déclaré le 31 mars 2020 être prêt à  mettre sur la table un milliard de dollars US pour combattre cette épidémie. Le gouvernement n’a pas suivi, n’a fait preuve d’aucune anticipation, d’aucun esprit d’initiative. Il s’est complait dans une posture purement réactive, même pour l’acquisition du vaccin.

Il a fallu une injonction directe et ferme en date du 20 décembre 2020  de Monsieur le Président de la République, de son lit d’hôpital en Allemagne, pour que les choses commencent à bouger. Mais, c’était trop tard. La preuve et à ce jour, l’Algérie a acquis seulement 300 000 doses de vaccin, dont 200 000 doses sont un don chinois, ce qui peut suffire à vacciner 150 000 personnes à raison de deux (2) doses par personne. 

En conclusion, que chacun fasse son boulot, exerce ses attributions et exécute fidèlement et scrupuleusement les directives de Monsieur le Président de la République, à charge pour le chef de l’exécutif de  sanctionner, positivement ou  négativement, les ministres et autres  hautes autorités administratives pour avoir ou non donné les instructions nécessaires qui s’imposent et surtout veiller ou faire veiller, sous leur  entière responsabilité, à leur exécution conforme et  diligente.

Ici, ouvrons une parenthèse pour laisser place à une digression. Le temps du laisser-aller, le temps de la bureaucratie rampante et envahissante, le temps de la soumission, voire de la servilité tel ou tel responsable à une autre autorité au détriment de la loyauté envers  l’Etat et  la Nation doit être à jamais banni. Il faut faire preuve de volonté, d’autorité et d’équité. Il n’existe pas d’autre issue pour l’Algérie nouvelle, la République nouvelle.

Assez des ministres qui insultent le peuple, qui violent la loi et  qui versent dans la démagogie et le populisme, l’Algérie nouvelle tant voulue par Monsieur le Président de la République doit être ancrée  définitivement dans la droiture, dans la compétence, la probité, la sincérité, la loyauté, la transparence, le dévouement, l’amour du pays, le pragmatisme, la défense des intérêts de la Nation et non des intérêts privés  et dans  le respect plein et entier du sacerdoce d’être toujours au service du peuple. 

« Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté appartient exclusivement au peuple » et « Les fonctions et les mandats au service des institutions de l’Etat ne peuvent constituer une source d’enrichissement, ni un moyen de servir des intérêts privés ». Ces dispositions des articles 7 et 24/2èmealinéa de la Constitution ne doivent pas être seulement un slogan creux et sans aucune consistance, au contraire, elles doivent être une réalité vraie ainsi que le véritable et  l’unique socle d’enracinement et d’exercice du pouvoir dans notre pays, l’Algérie.

Etre ou ne pas être, telle est la question et telle sera la question. Soit on construit un Etat légitime et  fort de ses institutions qui puisse restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés, soit on perdure dans un Etat où la volonté de telle ou telle personne  est au dessus de la loi et du règlement. Et, où les institutions ne sont qu’une façade, un leurre, une pure fiction tant elles sont au service personnel de ceux ou de celles qui en ont la charge et de leurs « parrains ».

Oui, on peut changer la donne, mais à condition d’être exemplaire et juste, de faire en sorte que force doit rester toujours à la loi,  d’instaurer une véritable et effective abnégation dans l’exercice des attributions et prérogatives  dévolues, d’assurer une veille  effective sur l’exécution des décisions prises, de se conformer strictement à la réalité des faits et à la faisabilité des décisions à prendre avant de trancher et de s’imprégner de la rigueur et de la rationalité dans la dépense des deniers de l’Etat avant de décider de projets qui sont onéreux et qui ne sont  porteurs d’aucune source de création de  richesse.

En somme, on devrait faire un état des lieux et adopter une politique réaliste et pragmatique de petits pas pour consolider, rénover, restaurer et réhabiliter notre infrastructure, dans son sens large, nos entreprises publiques, notre patrimoine. Assez de nouveaux projets, consolidons  et modernisons nos acquis. Là, fermons cette parenthèse, cette digression.

Le mot de la fin sur le Coronavirus (Covid-19) en Algérie, et en cas de remontée significative des cas d’infection et de décès, la responsabilité directe et entière des autorités politiques concernées devrait être engagée, au plan pénal, pour non assistance à  personne en danger et homicide involontaire.

*ZERROUK Ahmed, ex-magistrat militaire

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